Sélectionnez votre langue

Recherche

Un attentat est toujours inacceptable, incompréhensible, indescriptible. Alors que dire de plusieurs?

Des centaines de gens ont quitté cette vie, des milliers de gens souffrent, certains n'avaient jamais connu cela qu'à la télé, mais pour beaucoup, surtout en ce temps de migrations massives, de populations déplacées, et avec le souvenir des attentats de janvier 2015 à Paris, la souffrance d'aujourd'hui est l’écho d’une souffrance ancrée dans un passé parfois lointain, parfois très récent.

Je travaille régulièrement avec des personnes dans cette situation et à l'annonce des différents attentats, plusieurs de ces personnes font face à une réactivation des restes de leur propre expérience. J'ai eu ce matin une séance dans ce cadre, et "Denise" (nom d'emprunt) m'a permis d'en partager une grande partie, dans l'espoir que d'autres personnes qui sont réactivées puissent en bénéficier. J’espère que cet article pourra vous aider à cheminer vers votre paix.

~~~~ AVERTISSEMENTS ~~~~

- Pour comprendre cet article, il est impératif d'avoir des bases d'EFT. Cliquez ici si ce n'est pas votre cas.

- Certaines idées exprimées dans cet article peuvent choquer de bien des manières. L’objectif de cet article est de vous aider à évacuer votre propre souffrance, ce n’est en aucun cas une plateforme de discussion politique, religieuse ou autre. Je vous rappelle plus que jamais qu’en lisant cet article, vous prenez la pleine responsabilité de votre bien-être. Vous faites le choix de le lire, sans jugement.

- Je vous suggère de tapoter en le lisant. Il est assez long, ce qui me paraissait nécessaire pour valider chaque étape parcourue.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Denise est née dans un pays qu’elle a dû fuir dans une situation de guerre. Elle réagit donc violemment aux attentats dont elle est le témoin passif par obligation. L’objectif de cette séance est de l’aider à passer ce cap le plus sereinement possible. Elle a déjà travaillé avec moi, entre autres sur un attentat auquel elle a été mêlée dans sa jeunesse. Lorsque nous commençons la séance, Denise est animée d’une colère froide mais profonde. Sa réaction verbale montre la violence de son ressenti, ce qui évidemment se comprend tout à fait:

“je pense qu'on est en guerre et qu'il faudrait vraiment les traquer sans pitié, même pas les déferrer devant un tribunal." me dit-elle. “C'est oeil pour oeil, dent pour dent. La différence avec le terrorisme d'avant, c'est qu'avant ils faisaient des attentats un par un, maintenant ils ont tout un réseau d'individus qui sont disposés à sacrifier leur vie, et donc ils les lâchent dans tous les coins”.

Il est important de laisser Denise s’exprimer, cependant, il est aussi capital de garder en vue l’objectif de cette séance. Je reprends donc la main: “Ceci n'est pas une discussion politique, l'idée est de travailler sur ce que vous ressentez. Nous allons commencer par respirer”. Denise ayant déjà travaillé avec moi, cela me permet d’aller droit au but.

Après quelques respirations profondes, nous commençons à tapoter en continu, en partant du haut de la tête et en continuant en boucle. Pas besoin de point de karaté ou de phrase de départ dans ce cas, nous sommes déjà au coeur du problème. J’intercale juste quelques commentaires ci dessous pour expliquer certaines phrases. Pour commencer, Denise est surtout exaspérée par l’impact que tout cela a sur l’organisation de sa journée. Ce genre de réaction est une bonne recette pour ne pas faire face à la vraie souffrance, comme vous le verrez en dessous, et prendre les choses apparemment à la légère peut être extrêmement utile. Nous commençons donc “légèrement”.

je suis pressée ce n'était pas le moment de faire des attentats j'ai trop de choses à faire je n'ai pas fait ce que je devais ce matin ça arrive vraiment au mauvais moment et personne ne sait ce qu'il faut faire

Une autre stratégie de protection efficace est de trouver un coupable. Dans le cas présent, les coupables ne manquent pas, on a le choix, les terroristes bien sûr, mais aussi le gouvernement qui “ne fait pas son travail”.

Moi je sais ce qu'il faut faire les politiques ne font pas ce qu'ils devraient faire ils n'ont pas vécu la guerre que j'ai vécue moi je sais qu'il faut traquer les terroristes moi je sais ce qu'il faut faire donnez moi le pays, je vais résoudre tout ça donnez moi le pays et je vais évacuer toutes mes douleurs

La première barrière tombe à la mention de la vraie raison de sa réaction, sa douleur personnelle. Ne réagissons-nous pas toujours par rapport à ce que nous ressentons?

Jusque là, Denise "contôlait" parfaitement ses émotions, mais en moins de 3 minutes, en abordant le vrai problème, les larmes sortent immédiatement. Le souvenir de cet attentat, dont elle avait été témoin dans son pays, remonte. Nous avions déjà travaillé dessus, évidemment pas assez en profondeur, et nous avons ici la possibilité d'enlever une nouvelle couche de l'oignon. Il s'agit de la conserver connectée à son ressenti le plus longtemps possible.

toutes ces douleurs toutes ces douleurs

Denise se reprend vite et arrête les larmes. Si vos douleurs remontent, ne les contrôlez pas, laissez les venir afin qu’elles évacuent votre vie, respirez et faites une pose dans la lecture, mais continuez à tapoter, juste en respirant.

cette petite fille tuée sous mes yeux et sa mère que j'ai vue errer après à la recherche de son enfant tout ce sang sur mes chaussures

Une nouvelle barrière tombe, et à nouveau les larmes remontent. Vous avez probablement vos propres images qui remontent. S’il est trop dur de continuer, arrêtez la lecture ici, respirez et tapotez pour retrouver le calme, et trouvez un ou une praticienne pour vous aider. Dans le cas de Denise, elle remet à nouveau sa souffrance “dans la boite” et la colère remonte vite.

le trou dans le chapeau de papa l'éclat d'obus dans la cheville de maman

les éclats partout et tout ça qui est enfermé dans mes cellules et moi qu'est-ce que je peux faire de tout ça? il faut les traquer on ne peut pas laisser ça arriver encore et encore il faut éliminer le mal à la source et le meilleur moyen c'est d'aller les traquer

Il peut être utile pour vous à ce stade de faire une pause et travailler plus en profondeur sur votre propre colère. Dans le cas de Denise, je savais qu’une approche légère à nouveau était la bonne recette pour désamorcer la colère et accéder à la barrière suivante.

d'ailleurs je vais prendre mes bagages et je vais partir tout de suite parce que moi je sais ce qu'il faut faire parce que moi j'ai besoin de faire quelque chose, je ne peux pas rester ici et regarder ce qui se passe je ne peux pas revivre cette souffrance et savoir que je la vivrai encore et encore. je ne peux pas revivre cette souffrance et voir celle de tous ceux qui la vivent pour la première fois sans rien faire je ne peux pas revivre tout ça et rester indifférente j'ai besoin d'être entendue j'ai besoin que les coupables soient punis j'ai besoin que les coupables soient tués oeil pour oeil, dent pour dent même si ce n'est pas en accord avec ma religion c'est ma douleur c'est celle des mes frères et soeurs c'est celle de toute ma famille c'est celle de tous les gens qui ont vécu ceci c'est celle d'une planète on ne peut pas laisser cette douleur sans punition si on punit les coupables il n'y aura plus de douleur si on punit les coupables ça ne se produira plus

"Est-ce bien vrai?" Je me permets à ce moment de questionner cette colère afin de permettre à l’énergie de cette colère de se transformer. Je la provoque intentionnellement, ce qui permet à Denise de s’impliquer tout en tapotant toujours. Observez les aller-retour de la colère et de l’impuissance mélangées, qui font place progressivement à une autre forme d’interrogation. "- Oui, je vois où vous voulez en venir." répond-elle. "- la question n'est pas de savoir où je veux en venir, mais de savoir ce que vous ressentez? L'idée est de vous permettre de retrouver la paix. A cet instant présent , que ressentez-vous?"

La colère revient. Parfait, nous pouvons travailler dessus.

j'ai besoin que les coupables soient tués j'ai besoin de les voir sous mes yeux

Elle réagit à cette suggestion: "non, pas forcément, mais j'ai besoin de savoir que la sécurité des gens est assurée"

que ces gens ne puissent plus se balader impunément dans le métro il y a des forces armées pour faire ça il y a des forces de police pour faire ça il y a des brigades anti terroristes pour faire ça mais ils ne font pas leur boulot

Nouvelle réaction: "Si, ils font leur boulot, dans la mesure où on les laisse faire."

et on ne les laisse pas faire mais moi je vais y aller d'ailleurs plus je suis en colère et mieux c'est

Il est temps de revenir au coeur du problème :

plus j'ai de colère et plus je souffre et mieux c'est est-ce bien vrai? même si je voudrais bien pouvoir faire quelque chose, je me demande où est ma place est-ce que ma place est de crier à la vengeance?

"Surement pas" répond-elle.

est-ce que ça peut me soulager? est-ce que ma place est de dire au gouvernement ce qu'il devrait faire? probablement ("après tout ils sont là pour représenter le peuple!") est-ce que ma place est d'aviver les animosités? peut être est-ce que tout ca va me soulager? peut être même si je ne sais pas exactement ce que je dois faire de tout ça, je sais que c'est ma souffrance je sais que c'est ma souffrance qui est ravivée alors que je pensais que c'était résolu même si je pensais qu'elle avait disparu, cette souffrance est tellement profonde elle ne pourra jamais disparaitre mais aujourd'hui j'ai un choix je connais cette souffrance j'ai essayé de l'enterrer est-ce que ça marche?

La question amène une nouvelle réaction: "je pensais que ça avait marché". Vous qui lisez, qu'essayez-vous d'enterrer (ou de déterrer) à cet instant?

peut être qu'aujourd'hui j'ai un autre choix. peut être que je peux la laisser sortir et la transformer la souffrance de ces blessures

La colère étant désamorcée, la vrai douleur commence à nouveau à remonter et les larmes reviennent.

mon pays qu'on m'a pris. mon pays qu'on m'a pris on m'a chassée il y avait tout ce sang et cette terreur et je porte toujours ça en moi Aujourd'hui peut être que je peux rendre honneur à tous ceux qui souffrent en évacuant un tout petit peu de ma souffrance

L’EFT est une méthode dite douce, et des sanglots profonds ne sont pas exactement la représentation de la douceur, mais il est parfois nécessaire de les accueillir pour pouvoir passer de l’autre côté. Après tous ces tapotements, la barrière finale tombe et Denise arrête de contrôler, accepte les larmes, et leur libération, alors que je continue à la soutenir vocalement et en tapotant. (tout cela se passe sur skype, au fait). Un peu plus d’une minute plus tard, la crise est déjà calmée, et Denise remarque : “C'est vrai que ça fait du bien de laisser sortir”. Il est temps de re-tester et je demande à Denise de redire :

"On m'a pris mon pays".

Pas de larmes. La colère et la souffrance ont l’air d’être évacuées, il reste l’impuissance. Chacun a son idéal, sa religion, sa spiritualité, ses croyances. Denise puise beaucoup de force dans sa foi religieuse. En quoi puisez-vous votre force? Adaptez la partie suivante selon vos croyances.

on m'a pris mon pays et je ne m'en remettrai jamais on ma pris mon pays et j'ai refait ma vie loin de mes racines on m'a pris mon pays et je n'oublierai jamais même si on m'a pris mon pays, ma foi me dit que tout arrive pour une bonne raison même si la pilule semble difficile à avaler, je suis reconnaissante d'apprendre tous les jours ce que ma foi peut m'apprendre

"C’est vrai que ca m'a soulagée de faire un peu un éclat", constate Denise une deuxième fois, surprise.

on m'a pris mon pays, expliquez moi ce qu'il y a de bien là dedans? Le problème c'est que les gens qui m’ont chassée non seulement, ils ont pris mon pays,

mais en plus ils l'ont gâché je ne peux pas laisser faire ça je vais continuer de souffrir parce que je n'ai pas d'autre recette parce que je n'ai pas d'autre possibilité même si j'ai toute cette souffrance en moi. aujourd'hui je pourrais faire le choix, le choix d'évacuer cette souffrance, et de trouver la paix en moi

Cette étape ne pouvait arriver qu’après avoir évacué le reste, mais elle est capitale. A ce stade Denise est épuisée et tapote sur ses doigts pour finir.

Le passé est désamorcé, du moins la partie du passé à laquelle nous avons pu accéder, mais après la séance, Denise va de nouveau se trouver dans le tourbillon de douleur qui a envahi le pays. Mais elle est maintenant prête à voir le futur, et il est temps de l'aider à s'y préparer avec la dernière partie de la séance.

il y a tous ces ré-activateurs autour de moi

"C'est vrai", commente-t-elle, songeuse.

qui vont ré-activer toute cette souffrance pour moi et pour tout le monde et pour tous les gens qui ont vécu ça j'entends toutes ces souffrances autour de moi évidemment ça fait un écho en moi aujourd'hui je me demande ce que je vais choisir

Sans l’EFT, ceci est un choix inconcevable. Merci l’EFT, et merci Gary Craig , le créateur de l’EFT, de l’avoir mis à notre disposition…

je peux choisir de revivre cette souffrance encore et encore ou la laisser sortir, et la transformer par ma foi il faut une grande foi pour arriver là et peut être que je n'y suis pas encore il faudrait être Dieu

Le ridicule ne tue pas, et dans ce cas, l'absurdité permet de ramener le rire, excellent moyen, si on le fait au bon moment, d'évacuer des sentiments encombrants.

je ne serai jamais Dieu, mais je peux faire de mon mieux il y a des tas d'avis différents autour de moi il y a des tas de souffrances différentes autour de moi et je me demande ce que je vais choisir? Est-ce que je veux alimenter toute cette souffrance en y rajoutant la mienne? Ou est-ce que je veux prendre ma souffrance et la soumettre à Dieu pour m'aider à la transformer? J'en ai déjà transformé une grande partie

Je vérifie : “c’est vrai?”. Elle me répond “tout à fait!"

Je croyais que c'était fini, mais ce n'est jamais fini. Je n'oublierai pas, et le pardon est tellement difficile mais je peux apprendre, même si j'ai besoin que le coupable soit traqué je sais aussi qu'il y a une deuxième action possible

Nouvelle vérification: “C’est vrai?” - “ben oui, c'est d'amener de l'amour et de la paix dans le monde”, mais...

même si je ne vois pas comment amener la paix et l'amour dans le monde en face d'une telle situation je peux apprendre. Je sais que les brigades anti terroristes font leur travail, merci que les forces de police font leur travail, merci que les forces de santé font leur travail, merci et aujourd'hui j'offre ma participation à la paix mondiale, avec amour et compassion pour la partie de moi qui souffre encore, et pour tous ceux qui souffrent autour de moi. Aujourd'hui je laisse avec gratitude les brigades anti terroristes agir dans l'immédiat pour limiter les risques pour chacun et je choisis de construire la paix à long terme en transformant toutes mes douleurs

pour mieux aider les autres à transformer les leurs. Je choisis de me protéger de leurs douleurs pour mieux les aider à les évacuer je suis reconnaissante d'être en sécurité. Merci

La définition de la compassion (“souffrir avec”) pourrait laisser penser qu’il s'agit de souffrir pour aider l'autre, mais le choix de Denise n’est pas d’ajouter les souffrances. Elle choisit au contraire d’ajouter les lumières pour évacuer les souffrances. A ce stade Denise est soulagée mais épuisée.

Nous finissons par une discussion sur le regard sur l’Autre que j’aimerais aussi partager. “L'Autre", c’est la personne que nous croisons dans la rue, dans les transports, la personne dont nous évitons parfois le regard, en particulier en ville. C’est parfois un impératif de sécurité, mais pas toujours.

J'ai entendu certains dire que des attentats de ce genre n'arriveraient pas si nous étions tous vigilants, si nous regardions autour de nous, si nous regardions l’Autre. L’idée est d’identifier et donc de prévenir les risques. Cela est tout à fait valide bien sûr.

J'ajouterais une autre raison, peut-être à plus long terme.

On m'a parlé de l'interview d'une personne qui expliquait qu'elle avait pris cette vie de violence "parce qu'avant, elle n'était rien". En prenant les armes, elle est devenue "quelqu'un".

Que se serait-il passé si cette personne avait reçu les regards qui lui auraient dit qu'elle était "quelqu'un" sans arme?

Que se passerait-il si les personnes qui ont commis ces actes avaient dès l'enfance reçu des regards d’amour et de compassion? Et si la solution était à la portée de chacun de nous? De chacun de nos actes et de nos regards? Les situations de crise déclenchent de merveilleux élans de solidarité. Et si les mêmes sentiments pouvaient nous nourrir tous les jours?

La transformation de Denise peut sembler rapide et "un peu facile". Gardez en tête que Denise tapote depuis des années. Si vous débutez avec l'EFT, donnez-vous le temps, petit pas à petit pas...

J'espère que cet article vous a aidé d'une manière ou d'une autre à trouver plus de paix en vous, ou à identifier des points de souffrance que vous pouvez explorer dans votre route vers la paix intérieure. Que cette paix s’étende autour de vous. Merci.